Princesse de Trebizonde - Waut Koeken

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Waut KOEKEN, stage director

 
LA PRINCESSE DE TREBIZONDE (JACQUES OFFENBACH) - PREMIERED AT OPERA-THEÂTRE SAINT-ETIENNE (FR,) ON MAY 17, 2013 * PRESS QUOTES
Photo by Courtesy of : Benoit Dugardyn, Opéra-Théâtre Saint-Etienne and Cyril Cauve

trebizonde press

Production details :

http://www.crescendo-magazine.be/2013/05/une-rarete-a-saint-etienne/

Qui connaît aujourd’hui La Princesse de Trébizonde composée par Jacques Offenbach en 1869, juste après la première version de La Périchole, après Vert-Vert et La Diva ? Jouée avec succès à Baden-Baden le 31 juillet 1869 puis aux Bouffes-Parisiens le 7 décembre 1869, l’œuvre disparaîtra du répertoire à l’orée du XXe siècle. L’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne vient de la dépoussiérer grâce à une mise en scène ébouriffante du Belge Waut Koeken qui réussit à nous faire passer du monde bariolé de la fête foraine à l’univers feutré d’un château en loterie. Devient lisible une intrigue enchevêtrée par la mésaventure du saltimbanque Cabriolo qui exhibe des poupées de cire. Zanetta, sa fille, casse le nez de la plus belle, la princesse de Trébizonde, et décide de prendre sa place ; quelle n’est pas sa surprise de se voir courtisée par le jeune Raphaël, le fils du prince Casimir. L’ancien domestique Trémolini est fou amoureux de Régina, l’autre fille de Cabriolo. Celui-ci gagne le premier prix d’une loterie, un château où la troupe déménage mais y meurt d’ennui. Mais Raphaël fait acheter par son père la collection de poupées qui sera exposée au palais. Morale de la fable, Raphaël finira par épouser Zanetta, Trémolini, Régina et la sœur de Cabriolo, Paola, Sparadrap, le précepteur de Raphaël.

La partition est haute en couleurs avec l’air du nez brisé, les couplets du mal de dents et la parodie de l’air d’Arnold, «Asile héréditaire» de Guillaume Tell. Et Laurent Campellone, à la tête des Chœur Lyrique et Orchestre Symphonique de Saint-Etienne, lui donne un rythme endiablé. Sur scène, Lionel Peintre, sous les traits du saltimbanque Cabriolo, mène le jeu face à un Emiliano Gonzalez Toro, la main sur le cœur pour séduire la Régina de Romie Estèves. Marie Kalinine est un Prince Casimir impétueux, jouant des moirures du grave pour donner crédibilité à ce rôle de travesti confronté à l’adorable Zanetta d’Amel Brahim-Djelloul. Et Marie-Thérèse Keller, Raphaël Brémard et Antoine Normand restituent avec les ressources du métier Paola, le Prince Casimir et Sparadrap.
Par Paul-André Demierre
Saint-Etienne, Opéra-Théâtre, le 19 mai 201
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http://www.concertclassic.com/journal/articles/actualite_20130521_5010.asp

Une découverte que cette Princesse de Trébizonde, certes, mais une fête d’abord. Et la réussite d’une équipe !

L’Opéra Théâtre de Saint-Etienne aura fait beaucoup pour la redécouverte de la musique française cette saison et pas seulement en faveur Massenet dont a pu entendre l’étonnant Mage en version de concert à la fin de l’année passée (1). Dernière production lyrique de la saison stéphanoise, La Princesse de Trébizonde de Jacques Offenbach était impatiemment guettée.La rareté de la partition, bien injustement négligée, et la présence de Waut Koeken et de son équipe pour la mise en scène ne pouvaient il est vrai qu’attiser l’envie de faire le déplacement à Saint-Etienne...

On sait gré à l’Opéra de Saint-Etienne d’avoir permis la redécouverte d’une œuvre délicieuse que Waut Koeken et le dramaturge Benjamin Prins abordent avec un mélange de fantaisie, d’énergie et de tendre dérision, qui fait osciller cette production entre rire et magie. La modernisation des dialogues s’autorise force clins d’œil à l’actualité – un prince « normal », un début d’anaphore « Moi, père de famille », un jubilatoire « Mariage pour tous ! » à la fin du III, etc. ; tout cela amené avec un tact qui n’est pas pour étonner dans un spectacle signé Waut Koeken.

Moins d’airs entêtants dans La Princesse de Trébizonde que dans d’autres réalisations fameuses d’Offenbach sans doute, mais l’ouvrage recèle cependant une grande richesse musicale ; des mélodies, des couleurs qui regardent parfois vers les Contes d’Hoffmann. Un « conte de fées comico-romantique, articulé autour des vicissitudes amoureuses de trois couples improbables », dit le metteur en scène d’un ouvrage dont il saisit toute la saveur, ambiguë souvent, avec le précieux concours de Benoît Dugardyn (scénographie), Carmen van Nyvelseel (costumes) et Nathalie Perrier (lumières). La transformation du carrousel du I en une immense cage-prison dorée au II – car nos croquignolesques forains on tiré le n° 1313 et gagné un château à la loterie… – n’est pas moins convaincante que l’imbrication du monde forain et de l’univers des têtes couronnées proposée au III.

Formidable plateau, tant sur le plan vocal que théâtral, avec à sa tête l’irrésistible Cabriolo de Lionel Peintre qui joue de la diversité de caractère de son personnage avec une virtuosité stupéfiante. Bête de scène aussi que Marie-Thérèse Keller qui, avec l’impayable Sparadrap d’Antoine Normand, forme un couple… haut en couleur. On n’est pas moins conquis par la paire formée de l’enthousiaste Tremolini d’Emiliano Gonzalez Toro et de la piquante Régina de Romie Estèves. Quant à la fraîche Amel Brahim-Djelloul, irrésistible Zanetta, elle trouve en Marie Kaline Le Prince de conte de fées qu’il lui faut. Raphaël Brémard (Le Prince Casimir) et Christophe Bernard (Le Directeur de la loterie) ne sont pas moins à leur place dans leurs rôles respectifs.

Et quelle contagieuse énergie porte le spectacle d’un bout à l’autre. Une fois de plus s’agissant de l’Opéra de Saint-Etienne, on est heureux de saluer le travail remarquable de Laurent Campellone à la tête des musiciens de l’Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire ; leur engagement total fait chaud au cœur.
Par Alain Cochard

 

http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=5241&cntnt01returnid=54 « Merveille de la céroplastie »

Avec La Princesse de Trébizonde, improbable rencontre entre une famille de saltimbanques et un duo de princes père et fils, l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne a réservé à son public une belle surprise de fin de saison ... Waut Koeken a réuni tout ce monde dans un chapiteau, baraque des forains puis immense manège qui tourne comme la roue de la fortune avant de devenir la cage dorée des saltimbanques devenus châtelains. L’animation joyeuse qui règne de bout en bout repose aussi sur l’utilisation des ressources du spectacle de foire, avec paillettes et véritables acrobates, toiles tendues et mystérieuses entrées, jeux de lumières en accord avec la musique, magistralement interprétée par l’Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire, sous la baguette incisive et enjouée de Laurent Campellone. Le spectacle est également dans la salle : lorsqu’un intrus (Sparadrap - réjouissant Antoine Normand -, chargé de veiller sur la « candeur » du prince jusqu’à son mariage) se précipite parmi les rangées de sièges et qu’un personnage altier – le prince Casimir – surgit dans une loge de l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne, le directeur en personne vient s’excuser sur scène auprès du public et le chef, s’impatientant, réclame le droit de reprendre – tout cela dans une atmosphère boulevardière qui n’aurait certainement pas déplu à Offenbach.

Le chant, bien entendu, est aussi de la partie – non seulement avec Paola, déjà citée, mais avec le couple charmant que forment Marie Kalinine, sensible et attachant Prince Raphaël, déployant une belle voix de mezzo-soprano dans l’air des tourterelles tout autant que dans les couplets de l’irrésistible morceau d’ensemble « Ah ! J’ai mal aux dents », et la soprano Amel Brahim-Djelloul, délicate Zanetta au timbre clair et à l’émission aérienne. Leurs duos, « Quand un papa part », ou bien « Ô Malvoisie » / « Ô vin de Grèce », séduisent par l’art de donner au texte volontairement ridicule une dimension lyrique proprement émouvante.

L’autre couple, formé de la deuxième fille de Cabriolo, Regina, et de son soupirant Trémolini, est interprété avec brio par la mezzo-soprano Romie Estèves (on songe particulièrement aux couplets « Quand une femme est saltimbanque ») et le ténor Emiliano Gonzalez Toro, voix de velours et belle couleur de timbre – tous deux également excellents acteurs. Le ténor Raphaël Brémard compose un Prince Casimir de belle facture, avec un superbe phrasé et une émission aisée.

On sort joyeux et charmé d’un tel spectacle, et l’on garde longtemps dans l’oreille les airs des ensembles comme « Adieu, baraque héréditaire » (bien loin de l’asile héréditaire de Guillaume Tell !) ou encore le quintette des assiettes (« Tourne, tourne, tourne / En rapide tourbillon »). Comment ne pas être tenté de souhaiter longue vie à la Princesse de Trébizonde, lointaine préfiguration de l’Olympia des Contes d’Hoffmann, que Cabriolo présente comme « merveille de la céroplastie, la seule articulée et médaillée » !

par Fabrice Malkani

 

http://www.resmusica.com/2013/05/27/saint-etienne-la-princesse-de-trebizonde-poupee-aux-yeux-d%E2%80%99email/

... De fait, si l’on n’a rien ressenti de cette prétendue vulgarité, il faut avouer notre difficulté à avoir une opinion précise de l’œuvre après une seule écoute… et notre admiration face aux grands anciens comme Hector Berlioz ou Théophile Gautier, longues oreilles, dont c’était le pain quotidien ! En fait, l’impression prédominante est une sensation diffuse de… manque. La soirée se déroule dans une sorte de plaisir atonique, ce n’est qu’à partir du troisième acte qu’on commence à ressentir le pétillement offenbachien. La faute à la mise en scène ? Elle est vivante et rythmée, comme il se doit. Aux interprètes ?

Sûrement pas. Au livret ? Il est difficile d’en juger, car il a été visiblement raccourci et réécrit, mais il est patent que tout le premier acte n’est qu’une longue scène d’exposition, alors que le second est censé être hilarant mais ne fait pas mouche. A la musique ? Elle est très plaisante à entendre, mais on ne retrouve le brillant et les formules typiques du compositeur qu’au dernier acte : pastiches, onomatopées, airs étincelants sur des sujets triviaux (j’ai mal aux dents !) final endiablé.
Le livret raconte les tribulations d’une famille de forains, dont la principale activité est de montrer des poupées de cire. L’une des filles, Zanetta, casse accidentellement le nez de la plus belle, la princesse de Trébizonde, et prend sa place pour sauver la représentation. Un prince charmant, qui passait par là, en tombe fou amoureux, et s’arrange pour leur faire gagner à la loterie un château, des terres et un titre de noblesse. Mais les saltimbanques s’ennuient dans leur nouvel état. Le prince persuade alors son père d’acheter la collection de figurines et de faire venir leurs propriétaires à sa cour, ce qui lui permet de rendre visite chaque nuit à la fausse poupée. Entre-temps, deux autres couples foutraques se sont formés : Régina, la deuxième fille, avec Trémolini, ancien domestique qui s’est joint à la troupe par amour, et Paola, tante des précédentes, persuadée d’être une enfant noble volée à la naissance, avec Sparadrap, le précepteur du prince. Tout se finit dans la joie avec un triple mariage.

Poupée avez-vous lu ? Oui, poupée, comme dans les Contes d’Hoffmann, en reflet inversé : une fausse figure de cire, une femme véritable, capable de sentiments. Hasard ou non, dans l’imaginaire du compositeur ? Impossible de le savoir, mais l’arrangement musical en fait ses choux gras, en proposant de temps à autres à l’harmonium des morceaux choisis du chef-d’œuvre posthume d’Offenbach, forcément postérieurs.

La mise en scène, joyeuse, enlevée, se base sur le monde des forains, avec un manège tournant (bruyamment, hélas) qui se transforme au fur et à mesure que l’action avance, des chasseurs, des chiens, des portes qui claquent, et une troupe de chanteurs-acteurs de premier ordre. Lionel Peintre, Raphaël Brémard et Antoine Normand sont parfaitement dans leur élément ! On ne connaissait pas à Marie-Thérèse Keller une telle verve comique, mais elle est proprement désopilante en vieille tante mythomane. Amel Brahim-Djelloul, Romie Estèves et Emiliano Gonzalez Toro sont parfaits de grâce, de style et de diction en jeunes premiers. La palme revient à la magnifique Marie Kalinine, craquante en travesti, belle à regarder, admirable à écouter. Comme à son habitude, Laurent Campellone dirige un orchestre de grande classe, parfaitement dans son élément.

par Catherine Scholler

 

http://www.classiquenews.com/ecouter/lire_article.aspx?article=6502&identifiant=2013520HK8YCLVDI1SSQ1WKM878XH5GF
Et c’est un triomphe au rideau final qui salue cette découverte musicale aussi gourmande qu’une pomme d’amour et une barbe à papa, dont on reprendrait bien un morceau.
...Princesse trépidante. Saluons l’audace de la maison stéphanoise, qui, après le spectacle donné par Les Tréteaux Lyriques au Trianon voilà plus de trois ans, offre à son public une fastueuse production pour servir au mieux ce petit bijou de l’opéra bouffe offenbachien.

L’intrigue nous conte les aventures de la famille de saltimbanques composée de Cabriolo, sa sœur Paola, ses filles Zanetta et Régina, auxquels se rajoute Trémolini, ancien domestique devenu forain par amour pour Régina. La troupe abrite un musée de cire qui fait figure d’attraction. Mais lorsque le nez de la Princesse de Trébizonde, poupée phare de l’exposition, se retrouve cassé, c’est Zanetta qui prend sa place. Le prince Raphaël, en visite à la foire, s’éprend instantanément de la " statue ". C’est alors que les saltimbanques gagnent un château en loterie : ils doivent quitter leur vie de bohème. Mais ils s’ennuient dans leur nouvelle demeure, et le prince Raphaël force son père, le prince Casimir, à acheter la collection de cire de Cabriolo, notamment la Princesse si troublante de vie, ainsi que toute la troupe. Il peut ainsi profiter à loisir de sa Zanetta, statufiée aux seuls yeux de la cour. A la faveur de la nuit, un triple rendez-vous galant s’organise, interrompu un instant par Casimir, qui finit par proclamer un mariage général.

Le personnage de la Princesse préfigure irrésistiblement l’étrange Olympia et annonce déjà Les Contes d’Hoffmann. C’est cette piste qu’a suivi le metteur en scène belge Waut Koeken, mariant avec bonheur l’esprit forain à la satire sociale, le romantisme nimbé de noirceur d’Hoffmann étendant son aile à tout le spectacle.
Ainsi cet orgue de barbarie aux accents inquiétants et hypnotiques, égrenant des extraits d’œuvres du Petit Mozart des Champs-Elysées, et notamment au troisième acte, la célèbre Barcarolle, au moment du triple rendez-vous nocturne. Superbe idée que cet immense carrousel évoquant à la fois la ronde, le tourbillon, la foire, la prison dorée de notre troupe de saltimbanques. Les costumes, fantasques et bariolés, évoquent à merveille cet esprit de cirque rappelant à chacun son âme d’enfant, et les dialogues, évoquant avec brio l’actualité, font mouche à chaque instant, pour un éclat de rires général.

La distribution réunie sur le plateau se révèle remarquable de cohésion comme d’enthousiasme communicatif. Aux côtés du Sparadrap à l’humour ravageur d’Antoine Normand et du Prince Casimir, jeune père, toujours bien chantant, clair, incisif et percutant de Raphaël Brémard, on ne peut qu’être séduit par la famille du Cabriolo hilarant de Lionel Peintre. Le Trémolini d’Emilio Gonzalez Toro fait admirer son beau timbre, malgré des aigus prudents, tandis que Romie Estèves virevolte en Régina : elle éclaire son geste vocal, à mi-chemin entre mezzo et soprano. Mention spéciale pour la Paola ardente de Marie-Thérèse Keller, à l’abattage dévastateur, et véritable leçon de chant français, tant dialogues et chant semblent portés par la même émission haute et claire, portant loin dans la salle, le moindre mot et la moindre intention.

Marie Kalinine trace un portrait tout en tendre mélancolie du Prince Raphaël, rappelant Chérubin, Siébel et Oktavian, en un personnage très attachant. Seule demeure une certaine opacité vocale, comme un grossissement des voyelles, rendant la compréhension du texte parfois difficile et ôtant à l’instrument une partie du rayonnement brillant qu’il pourrait avoir avec un geste moins opératique et plus proche de la voix parlée. Le contraste est frappant avec la Zanetta toute en clarté naturelle d’Amel Brahim-Djelloul, aussi piquante que ravissante, gardant une part de mystère en Princesse mécanique, un dédoublement de personnalité ajoutant au charme de la jeune femme.

Tous semblent s’amuser comme des fous, galvanisés par les étourdissants acrobates présents sur scène et soutenus par un Chœur Lyrique Saint-Etienne Loire en grande forme, pleinement investi dans ce projet tourbillonnant. Même malice débordante à la baguette : Laurent Campellone prend un plaisir visible à diriger cette partition débordante de couleurs et de folie, suivi comme un seul homme par un Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire aux couleurs superbes, à la sonorité éclatante, à la jubilation évidente.

par Nicolas Grienenberger

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